Attention : on ne sait pas avec certitude si cet instrument a réellement été utilisé par les Vikings. Un tel instrument aurait été en bois (on verra pourquoi) et un petit instrument de bois ne se conserve pas bien, surtout dans un environnement maritime. Savoir si les Vikings disposaient d’un tel instrument est un point âprement débattu par les spécialistes. Un candidat, daté du XIe siècle, a été retrouvé.

Le disque Uunartoq
Découvert en 1948 dans le fjord Uunartoq dans le sud-ouest du Groenland. A droite, le fragment de bois taillé retrouvé au Groenland, daté du XIe siècle. A gauche, les explications de l’article de 2013 interprétant ce disque comme un compas solaire, alors qu’il était au préalable considéré comme un fragment de cadran solaire.
NB : il pourrait aussi s’agir d’un disque de confession, d’un outil mnémonique pour la navigation, voire d’un jouet.
L’instrument consiste en un disque gradué au centre duquel on fixe un gnomon.
Le principe d’utilisation est relativement simple, mais nécessite une préparation préalable à terre avant le départ. Le compas solaire restera correctement réglé environ une quinzaine de jours, pour une latitude donnée, ce qui semble bien adapté pour une traversée Scandinavie-Islande-Groenland et retour. Pour les autres navigations, les Vikings naviguaient probablement en vue des côtes.
Préparation : pendant toute une journée, repérer et marquer sur le cadran le sommet de l’ombre du gnomon, lorsque la boussole est bien posée à l’horizontale. C’est parce qu’il faut marquer le disque (écrire ou graver), et sans doute l’effacer à la fin du voyage pour pouvoir le marquer à nouveau, que l’objet, s’il a existé, devait être en bois, ou en matériau léger. A la fin de la journée, la courbe ainsi tracée permet de connaitre le Nord (voir aussi l’article « Trouver le Nord sans boussole« ). On marque donc le Nord sur le bord de l’instrument.
Pas de besoin de connaissances astronomiques poussées : si on ne connait pas les formules permettant de calculer l’hyperbole correspondant à la trace de l’extrémité du gnomon pour un jour et une latitude donnés, il suffit d’en conserver la trace au cours de la journée. Cette courbe empirique est valable pour quelques jours, pour la latitude de l’endroit où elle est tracée.
Utilisation : si on ne s’éloigne pas trop de la date et de la latitude de préparation, l’ombre du gnomon trace à peu près la même courbe. Il suffit alors de tourner l’instrument pour faire correspondre le sommet de l’ombre du gnomon avec la courbe tracée. Le Nord qu’on a repéré lors de la préparation est le Nord. La difficulté, à bord d’un navire, consiste à garder le niveau bien à l’horizontale. Par ailleurs, bien sûr, il faut qu’il y ait assez de soleil pour que le gnomon ait une ombre.
Autrement dit, pour les navigateurs, (1) il semble plus simple de repérer l’étoile polaire la nuit et (2) l’invention de la boussole a tout changé. Inventée au IXe siècle en Chine, elle a sans doute d’abord été utilisée comme talisman, puis comme instrument de navigation au XIe en Chine puis en Perse, avant d’apparaitre « inventée » au XIIe siècle en Italie. Elle s’impose complètement au XVe siècle, après diverses innovations technologiques (rose des vents mobile, apparition des lignes de rhumb sur les cartes, etc.).
| Autres instruments de navigation prêtés aux Vikings |
| Comment naviguer à latitude constante ? On évoque la « planche à ombre solaire ». Il s’agit d’une planche également percée d’un gnomon, sur laquelle on a repéré la hauteur du Soleil à midi à la latitude souhaitée. On trace un cercle autour du gnomon de rayon égal à la longueur de l’ombre à midi. En navigation, la planche est placée dans un seau, où elle flotte pour en assurer l’horizontalité. Lorsque le Soleil est au plus haut dans le ciel (soit à peu près à midi), si l’ombre sort du cercle, c’est qu’on est trop au Nord. Si elle est trop petite, on est trop au Sud. Bien sûr, si on sait qu’il est midi, on sait aussi où est le Nord et où est le Sud, ce qui rend inutile l’usage du compas solaire… |
| Comment repérer le soleil quand le ciel est nuageux ? On évoque ici la « pierre de soleil ». Il s’agit d’un cristal (spath d’Islande) qui a pour effet de polariser la lumière. Autrement dit, il suffit de le faire tourner pour trouver la direction du soleil dans les nuages. On a retrouvé un tel cristal dans l’épave d’un bateau qui a sombré au XVIe siècle. Un peu tardif pour les Vikings. De telles inventions seraient restées secrètes ? |